Kevin Carillon
Cet article interroge la notion de culture des données à partir d’une enquête ethnographique menée au sein d’un média de service public belge engagé dans des projets de personnalisation algorithmique. En s’appuyant sur le concept de régime de savoir, il propose d’analyser les cultures des données non comme un état homogène, mais comme un ensemble de rationalités organisationnelles divergentes et parfois conflictuelles. L’analyse met en évidence trois régimes distincts, tous subsumés sous l’appellation « culture des données » dans l’organisation : un régime de littératie critique , promu par les équipes éditoriales, un régime de conformité sociotechnique , porté par les ingénieurs et data scientists et un régime stratégique data-driven , soutenu par les managers. Ces régimes se différencient par leurs pratiques de connaissance, leurs schèmes de valorisation et leurs arrangements d’autorité, tout en s’hybridant à travers des artefacts partagés. L’étude montre ainsi que la culture des données fonctionne à la fois comme un espace de négociation entre ces différentes logiques et comme un vecteur d’acculturation à la datafication et à l’algorithmisation des organisations publiques. Elle met en lumière le rôle politique de ces cultures, qui reconfigurent les hiérarchies symboliques et redéfinissent les critères de légitimité du savoir et de la décision.