Audréanne Paquin
La présente recension narrative des écrits examine l’influence de la socialisation genrée sur le développement des profils autistiques spécifiques au genre féminin et masculin. Cette démarche met en dialogue les apports des neurosciences sociales, de la psychologie du développement et de la sociologie de l’autisme afin de soutenir un cadre d’analyse interdisciplinaire. Cette perspective considère les difficultés vécues par les personnes autistes non seulement au regard de leurs caractéristiques individuelles, mais également en fonction de l’adéquation entre celles-ci et les attentes de leur environnement, elles-mêmes influencées par les normes de genre. Une telle inadéquation peut contribuer à l’émergence de situations de handicap. Cette perspective permet ainsi de remettre en question l’idée de différences biologiques strictes entre les sexes. L’analyse de la littérature examinée met en lumière le rôle central de la socialisation genrée dans la construction des comportements, des attentes relationnelles et des stratégies d’adaptation développées par les personnes autistes. Dès l’enfance, les normes sociales différenciées selon le genre influencent l’expression émotionnelle, les interactions sociales et les trajectoires développementales. Chez les personnes autistes, ces pressions contribuent à des manifestations distinctes bien documentées : externalisation et isolement plus marqués chez les garçons, stratégies de camouflage et d’internalisation chez les filles, ces dernières étant associées à des coûts psychologiques importants et à un risque accru de diagnostic tardif ou erroné. Enfin, l’article ouvre une réflexion, en se basant sur une perspective professionnelle, sur le potentiel protecteur d’un rapport plus distancié aux normes de genre et la nécessité de repenser les pratiques sociales et cliniques afin de réduire la stigmatisation et favoriser l’inclusion.