Alain Lipietz
Dans cet article, j’examine la critique de la politique contemporaine dans les démocraties occidentales, où le vote semble avoir peu d’impact sur les politiques économiques et sociales en raison des contraintes financières et économiques, alors que les responsables politiques auraient conservé une marge de manœuvre dans les domaines sociétaux. Deux points principaux sont soulignés : 1) la dévalorisation du « Politique » au-delà du vote ; 2) l’impuissance croissante des politiques économiques et sociales, sauf lorsqu’elles sont peu coûteuses. Après avoir brièvement rappelé les approches « régulationnistes » des transformations du capitalisme entre les années 1970 et 2000, je montre comment certaines décisions politiques majeures de cette période ont pourtant déterminé de façon décisive l’interaction entre le Politique et le capitalisme en Europe : le Politique organise son effacement apparent. Trois exemples, non généralisables mais néanmoins révélateurs, viennent illustrer l’analyse : les traités d’unification ; la politique monétaire et financière ; la taxation du kérosène.