Sébastien Jean
Désormais, il est largement admis que l’économie mondiale devrait être considérée comme de plus en plus façonnée par des forces de fragmentation résultant de tensions géopolitiques. Cet article jette un nouveau regard sur ce narratif, à l’aide de données sur le commerce international. Si une analyse agrégée corrobore le discours d’une nouvelle guerre froide, selon lequel le commerce international est de plus en plus considéré comme divisé en deux blocs, il ne s’agit, en réalité, que d’un mélange de résultats très différents. Loin d’être une tendance généralisée, la fragmentation géoéconomique des flux commerciaux n’est significative que dans certains « points chauds » : le commerce extérieur de la Russie et les échanges bilatéraux entre la Chine et les États-Unis, pour lesquels l’impact est considérable. En dehors de ces « points chauds », rien n’indique que les tensions géopolitiques aient façonné les modèles commerciaux internationaux en termes de blocs, ni qu’il existe une tendance au nearshoring (relocalisation de proximité) – bien au contraire, justement. Classification JEL : F02, F14, F60.