Rhamane Ahmet Abdou, Kabirou Hassane Askou, Harouna Mounkaïla, Aissetou Yaye
La région de Diffa, au Niger, a été profondément touchée par l’insurrection de Boko Haram, entraînant d’importants mouvements de population vers des communes comme Diffa et Maïné Soroa. Dans un contexte de rareté des ressources naturelles, ces déplacements ont intensifié la pression sur les terres et l'eau, exacerbant les tensions entre usagers. Cette étude analyse les liens entre les conflits liés aux ressources naturelles et les dynamiques de déplacement à l'aide d'une méthodologie mixte combinant des enquêtes quantitatives et des approches qualitatives. Les résultats montrent que les conflits résultent d'une interaction complexe entre l'insécurité persistante, la dégradation de l'environnement et la pression démographique. Les tensions les plus fréquentes concernent l'accès à la terre, notamment entre agriculteurs et éleveurs, ainsi qu'entre les communautés d'accueil et les populations déplacées. Pour renforcer leur résilience, les déplacés développent des stratégies de diversification économique, qui exercent toutefois une pression supplémentaire sur les ressources locales. La gestion des conflits repose principalement sur des mécanismes coutumiers et religieux, tandis que l'intervention des institutions étatiques demeure limitée et souvent perçue comme inaccessible. Les déplacements de populations amplifient significativement les conflits liés aux ressources naturelles. Il apparaît nécessaire de renforcer une gouvernance hybride et inclusive, articulant la légitimité coutumière et la reconnaissance légale, et améliorer l’accès des déplacés aux mécanismes de résolution des litiges, à l’emploi et aux alternatives énergétiques. Des recherches complémentaires permettront d’analyser l’interaction entre les changements climatiques, les dynamiques sécuritaires et les conflits liés aux ressources naturelles, afin d’adapter les mécanismes de gouvernance aux chocs futurs. The Diffa region in Niger has been deeply affected by the Boko Haram insurgency, leading to significant population displacement into municipalities such as Diffa and Maïné Soroa. In a context already characterized by scarce natural resources, these movements have intensified pressure on land and water, exacerbating tensions among users. This study analyses the links between conflicts over natural resources and displacement dynamics using a mixed-methods methodology that combines quantitative surveys and qualitative approaches. Findings show that conflicts stem from a complex interplay of persistent insecurity, environmental degradation, and demographic pressure increased by forced displacement. The most frequent tensions concern access to land, particularly between farmers and herders and between host communities and displaced populations. To strengthen their resilience, displaced people develop economic diversification strategies that nevertheless add pressure on local resources. Conflict management relies mainly on customary and religious mechanisms, while state institution intervention remains limited and is often perceived as inaccessible. Population displacement significantly exacerbates conflicts over natural resources. It appears necessary to strengthen a hybrid and inclusive governance framework that combines customary legitimacy with legal recognition, while enhancing displaced populations’ access to conflict resolution mechanisms, employment opportunities, and alternative energy sources. Further research will help analyze the interaction between climate change, security dynamics, and resource conflicts to adapt governance mechanisms to future shocks.